par Christine Pane, Psychologue Clinicienne
le 2020-07-01
L’approche thérapeutique de l’Intégration du cycle de la vie (ICV, en anglais LI c'est-à-dire Lifespan Integration) a été créée par Peggy Pace, une psychothérapeute américaine, au début des années 2000. Elle utilisait alors l’EMDR (Eye Movement desensitization and reprocessing), méthode qui consiste à traiter un souvenir traumatique pour en diminuer la charge émotionnelle. Un jour, dans son cabinet, alors qu’elle soignait un souvenir de la petite enfance d’une patiente, celle-ci resta bloquée dans cet évènement passé, comme si elle avait de nouveau 6 ans alors qu’elle était adulte. Peggy Pace lui demanda alors de se remémorer un souvenir à 7 ans puis 8 ans et ainsi de suite jusqu’à un événement récent. En aidant cette patiente à retraverser les évènements de sa sa vie, elle observa une amélioration de ses symptômes et de sa perception émotionnelle du traumatisme initial. L’ICV était né !
Peggy Pace partit du principe que « les personnes victimes de traumatisme savent (dans leur tête) que l’évènement est passé mais ne ressentent pas ceci comme vrai dans leur corps, et imagina une technique astucieuse pour faire faire à ses patients l’expérience, dans leur corps, de la sensation du temps qui a passé entre l'événement traumatique et aujourd’hui » (Joanna Smith).
La méthode de l’Intégration du Cycle de la Vie est donc une méthode psycho-corporelle qui se base sur les recherches récentes en neurosciences affectives portant sur le trauma et l’attachement :
Lorsqu'une personne vit un événement douloureux ou traumatisant, elle peut se sentir débordée et totalement impuissante à le gérer en fonction des circonstances, de son histoire, de son jeune âge et de son niveau de sécurité affective. Le cerveau est débordé et a du mal à traiter l’information. Il isole alors le souvenir traumatique dans un réseau neuronal peu connecté aux autres réseaux afin qu'il soit réactivé le moins possible, un peu comme s’il “l’encapsulait” dans un coin. Le souvenir est parfois tellement isolé qu’on peut développer une amnésie partielle ou totale de l’évènement. C’est un moyen tout à fait normal de survie, qui permet de se protéger de l’effraction psychique. Cependant, une image, un bruit, une odeur, une date, une situation, une émotion peuvent réactiver le trauma, comme si l'événement allait de nouveau se produire. Ainsi, une situation qui ne nécessite pas l’activation du système de stress en apparence peut tout de même déclencher certains comportements, pensées ou émotions parce qu’un élément semble similaire à la situation traumatique vécue parfois plusieurs dizaines d’années plus tôt.
Ces événements du passé continuent d’influencer notre comportement, consciemment ou non, et nous réagissons dans le présent de façon inadaptée aux enjeux actuels, comme si nous cherchions à résoudre la ou les situations du passé non résolues.
L’exemple typique est celui d’une personne ayant vécu un traumatisme lors d’un accident de voiture : elle se met à avoir des sueurs, palpitations, à chaque fois qu’elle remonte dans une voiture, même des années après l’accident. Même si elle sait que l’accident est loin derrière elle, son corps réagit comme s’il ne le savait pas.
Dans des situations comme celles-ci, la source de la réactivation semble évidente mais il est parfois plus difficile de faire le lien, comme par exemple dans le cas d’attaques de panique qui peuvent trouver leur source dans les premiers liens d’attachement teintés d’une forte anxiété.
A la naissance, notre cerveau est immature et très fragile. Un bébé humain ne peut rien faire tout seul, il ne peut survivre sans sa ou ses figures d’attachements.
Les structures plus « rationnelles », comme le cortex préfrontal, qui vont servir à réguler les émotions ne sont pas encore développées chez le tout petit.
Le rôle de la figure principale d’attachement est de se substituer à ces structures pour réguler les émotions de son enfant.Ce dernier pourra ainsi faire régulièrement l’expérience d’apaisement lors de situations stressantes, ce qui lui permettra d’acquérir petit à petit les capacités pour réguler ses émotions lui-même.
Parfois, la figure d’attachement n’est pas suffisamment disponible pour répondre et moduler les besoins émotionnels de l’enfant qui développe alors des croyances et des schémas sur la vie et dans ses relations tels que : le manque de confiance en l’autre, la peur d’être rejeté, les difficultés de séparation, le sentiment d’insécurité, les difficultés de régulation de ses émotions…
Une des perspectives intéressantes de la thérapie ICV est de travailler sur cette période du début de vie. Il ne s’agit pas de transformer la qualité de l’attachement originel à nos parents mais de développer un autre attachement à nous-même et, par là-même, aux autres. Le thérapeute va amener l’adulte à entendre qu’il n’est plus dans l’environnement de l’époque et qu’il est un bébé digne d’attention et d’amour. « Cette compréhension de son histoire rend alors possible la désactivation des réseaux neuronaux ayant inscrit psychiquement et dans son corps la croyance qu’il n’en vaut pas la peine ou qu’il y a un danger à être dans une relation intime et de confiance » (Eric Binet).
L’objectif, grâce à l’imagination active et à la posture du thérapeute, est de vivre des expériences positives afin que le patient puisse développer une auto-compassion vis à vis du tout-petit qu’il a été et qu’il porte en lui.
L’outil principal de la thérapie est la ligne du temps. Il s’agit d’une liste chronologique de souvenirs marquants élaborée par le patient pour chaque année de sa vie, de son premier souvenir jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, la sieste en maternelle / le lapin dans la classe / la visite à la maternité /…./premier job/divorce/.../ le début du confinement /et un souvenir tout récent pour revenir dans le présent.
Pour un trauma récent, on demande au patient de se rappeler d’une quinzaine de souvenirs depuis le choc jusqu’à aujourd’hui.
Ce « voyage » dans le passé permet de remettre chaque souvenir à sa place et par la même diminue la charge émotionnelle qui était associée à ces évènements douloureux.
Au fil des répétitions, certains souvenirs sortent de leur isolement, d’autres émergent spontanément et s’intègrent à l’histoire, connectés aux autres.
Divers protocoles existent avec des objectifs différents : améliorer la régulation émotionnelle, traiter les conséquences d’un événement traumatique, traiter une relation douloureuse, faire vivre au patient des expériences réparatrices en rejouant les interactions précoces que le patient aurait dû vivre à ce moment-là.
L’ICV est donc une méthode douce qui permet la « digestion » des émotions du passé en reconnectant les réseaux neuronaux les uns aux autres afin de dater les événements passés et faire en sorte que le système corps-esprit n’y réagisse plus malgré nous. Sentir dans son corps que le passé est terminé est ce qui assure le changement. L’originalité et la profondeur de cette approche est de pouvoir aussi engager un travail de réparation minutieux des enjeux relationnels précoces.
Cette thérapie est principalement indiquée pour le traitement des traumatismes récents ou anciens, avec ou sans troubles de stress post-traumatique, des difficultés de régulation émotionnelle et des troubles de l’attachement.
L’ICV permet de travailler autour des relations précoces lorsque celles-ci ont été marquées par des séparations, une hospitalisation, une dépression, des négligences ou de la maltraitance.
Sources
- Joanna Smith, (2018), A la rencontre de son bébé intérieur, Dunod.
- Eric Binet, (2017), Le présent au secours du passé, Satas.
- Peggy Pace, (2019), Pratiquer l’ICV, Dunod.
Pour aller plus loin et rechercher un thérapeute
https://integrationcyclevie.com/